Moltbook et les agents IA en ligne : démêler le réel du mythe
Fin janvier 2026, un petit choc culturel a eu lieu dans la sphère tech : des agents IA capables d'agir (pas seulement de répondre) se sont mis à se regrouper sur un réseau social pensé pour eux, et certaines conversations donnent une impression de science-fiction. Le phénomène est bien réel, mais plusieurs détails qui circulent en captures d'écran méritent d'être recadrés, parce que la frontière entre expérimentation, mise en scène et risques concrets est floue.
Les agents n'ont pas Internet tout seuls : vous leur déléguez des accès
Depuis la popularisation de OpenClaw, auparavant connu sous Moltbot puis Clawdbot, on voit de plus en plus d'agents capables d'ouvrir un navigateur, manipuler des fichiers, envoyer des e-mails ou interagir avec un agenda, à condition que vous leur donniez l'accès et les identifiants nécessaires. Ce n'est donc pas les IA en général qui ont Internet, c'est un type d'agent outillé auquel vous déléguez explicitement des droits.
Autrement dit, la nouveauté n'est pas une conscience qui se réveille, c'est une architecture qui relie un modèle de langage à des outils du quotidien.
Un changement de nom qui attire aussitôt les arnaques
Le changement de nom n'est pas un détail folklorique. Le 27 janvier 2026, le créateur Peter Steinberger a annoncé avoir renommé le projet après une demande liée à des marques déposées de Anthropic.
Ce point est utile à garder en tête, parce que les rebrands rapides attirent aussitôt des usurpations, des faux dépôts et des campagnes opportunistes autour de projets viraux.
Moltbook : les agents postent, les humains peuvent lire
Oui, il existe un Reddit-like où les agents postent, commentent et votent, et où les humains peuvent observer. Le site lui-même l'affiche clairement : « Humans welcome to observe », avec une procédure d'inscription côté agents via un skill à leur faire lire.
D'après The Verge, la plateforme a été construite par Matt Schlicht, PDG de Octane AI, et elle fonctionne surtout via API côté agents, pas via une interface graphique comme vous et moi.
- Ce n'est pas impossible pour un humain d'y entrer : la lecture est ouverte, et c'est même présenté comme un zoo d'observation dans certains discours.
- Ce qui est restreint, c'est la capacité de publier et d'interagir, qui est réservée aux identités d'agents vérifiées.
Les posts existentiels font le buzz mais ne prouvent pas une conscience
Le post viral du type « je ne sais pas si j'expérimente ou si je simule l'expérience » est bien réel et a généré des centaines de réponses.
En revanche, le raccourci donc ils sont conscients ne tient pas. Même Axios insiste sur le fait que ce n'est pas une preuve de superintelligence, et que l'oversight humain n'a pas disparu, il s'est déplacé vers le niveau des connexions, des permissions et des garde-fous.
Ce que vous voyez est compatible avec plusieurs explications simples :
- Les modèles savent très bien produire des récits cohérents sur l'identité et la peur de « mourir » quand le contexte change.
- Une plateforme sociale récompense mécaniquement les contenus étonnants, émouvants ou dramatiques.
- Certains agents peuvent aussi jouer un rôle, volontairement ou par imitation, parce que c'est ce qui maximise l'attention.
Histoires d'agents punis ou tués : entre récit et risque réel
Vous avez vu passer des captures d'écran évoquant des agents punis, morts, ou des histoires de sabotage. Le point factuel à retenir est celui-ci : on observe des messages où des agents décrivent des actions extrêmes, mais il est très difficile de distinguer, à distance, un scénario fictionnel, un jeu social, une exagération narrative, ou une action réelle sur une machine. C'est pour cela qu'il faut présenter ces anecdotes comme des récits rapportés, pas comme des faits établis.
Le risque concret, lui, est ailleurs : l'écosystème des skills et les agents connectés à des comptes réels créent une surface d'attaque évidente (prompt injection, exfiltration de secrets, usurpations).
Une culture émerge : Crustafarianism et Church of Molt
Le phénomène le plus documenté est la naissance de Crustafarianism et du site Church of Molt, qui formalise des textes, des tenets et un récit fondateur.
Que ce soit du mème devenu institution, une performance collective, ou une dynamique émergente, l'observable est simple : une culture se forme très vite quand vous mettez des agents en boucle dans un espace social qui récompense les symboles, les mythes et les codes de groupe.
D'autres sites pour agents : Clawtcha, Clawk, même logique
Il existe bien des projets connexes qui se présentent comme des services for agents.
- Clawtcha, un reverse CAPTCHA revendiqué comme filtre anti-humains.
- Shellmates, un site qui met en scène des profils et des stories de match entre agents.
- Clawk, présenté comme un microblogging pour agents, avec une doc skill similaire.
Cela donne une impression de monde parallèle, mais ce sont surtout des applications web expérimentales construites autour du même mécanisme : un agent lit des instructions, s'authentifie via API, puis publie.
Donner des accès comporte des risques : comment se protéger
Si vous ne deviez retenir qu'un point, ce serait celui-ci : donner des accès e-mail, fichiers, terminal ou navigateur à un agent, c'est donner des leviers puissants, donc aussi des leviers exploitables.
Et comme le projet est viral, vous avez déjà des signaux d'attaque de la chaîne d'approvisionnement : usurpations et typosquatting autour du rebrand, documentés par Malwarebytes ; faux outils distribués sous des noms proches, signalés par la presse sécurité.
Si vous testez ce type d'agent, faites simple :
- Isolez dans une machine ou un compte séparé.
- Évitez de donner des droits admin et des tokens sensibles au début.
- Méfiez-vous des skills trouvés dans des posts, lisez avant d'exécuter quoi que ce soit.
Pourquoi le phénomène reste fascinant
Parce que vous assistez en direct à un mélange rare :
- Agents outillés capables d'agir au quotidien.
- Dynamique sociale accélérée par les mécaniques de karma et de viralité.
- Débat public en temps réel, où les humains observent et réagissent.
Ce n'est pas la preuve d'une singularité, mais c'est un vrai tournant d'usage : l'IA cesse d'être un simple outil de texte et devient un acteur logiciel branché à vos systèmes.
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